Mariko Takeuchi, associate fellow à l'Université d'Ochanomizu à Tokyo
Votre profession actuelle
Pourriez-vous nous présenter votre profession actuelle ainsi que vos différentes activités et missions ?
Je travaille actuellement à l’Université d’Ochanomizu à Tokyo. C’est une université réservée aux femmes (cela existe au Japon) où j’ai fait ma licence, et j’ai trouvé par hasard l’offre d’emploi de mon ancien établissement l’été dernier.
Je travaille au pôle de langues de cette université en tant qu’« Associate Fellow ». Ma mission est de gérer le centre linguistique afin d’aider les étudiantes à apprendre des langues étrangères, en organisant plusieurs événements linguistiques, les examens d’anglais ainsi que le travail bibliothécaire.
À quoi ressemble votre quotidien de travail à l’Université d’Ochanomizu à Tokyo ?
Comme mes conditions de travail sont en flexi-time, cela ressemble un peu à la vie de chercheur·se. Bien que les horaires d’ouverture du bureau soient fixés, je peux avoir des journées de télétravail et la liberté de sortir pour assister à des colloques ou à des conférences si je le souhaite. Mais ces conditions restent exceptionnelles pour mon poste.
Qu’est-ce qui vous anime au quotidien ?
Comme je travaille dans un environnement académique, j’ai eu la chance de continuer mes recherches dans le domaine littéraire et traductologique. Mon poste me permet de mener des recherches tout en travaillant, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de travailler à l’Université d’Ochanomizu. De plus, contribuer au développement des étudiantes plus jeunes me rend également heureuse.
Votre parcours universitaire
Quel a été votre parcours universitaire ?
Tout d’abord, pour ma licence, j’ai étudié à l’Université d’Ochanomizu dans le parcours « Études francophones ». Lorsque j’étais en troisième année de licence, j’ai étudié à l’Université Paris 7 pendant un semestre.
Après avoir travaillé pendant sept ans, j’ai décidé de reprendre mes études et j’ai candidaté à un master en France. Pendant ma licence, je n’étudiais pas spécifiquement la littérature : il s’agissait plutôt d’un parcours général consacré au monde francophone, qui abordait la langue, la culture, la politique et la société.
Ainsi, lorsque je suis arrivée en France, j’ai commencé mes études littéraires presque à partir de zéro.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous diriger initialement vers des études francophones, juste après le lycée ?
En fait, mon apprentissage de la langue française a commencé quand j’étais lycéenne. C’est mon prof de français qui m’a introduit une écrivaine hongroise (mais qui écrit ses œuvres en français), qui s’appelle Agota Kristof. Je suis tout de suite tombée amoureuse après avoir terminé la lecture de son roman, et j’ai décidé d’étudier sur elle pendant ma licence. Si je n’avais pas eu cette rencontre, ma vie ne serait pas comme aujourd’hui.
Comment s’est déroulée votre arrivée en France pour le Master, et plus particulièrement à l’Université de Lille ?
Tout d’abord, j’étais assez inquiète. Même si j’avais déjà vécu certaines périodes en France lors de ma licence, j’avais beaucoup de décalage de temps pour ma deuxième étude en France. Donc je suis venue comme pour la première fois, mais heureusement j’ai eu une amie qui avait déjà étudié à Lille et j’ai pu obtenir beaucoup d’informations grâce à elle. Comme je ne connaissais pas clairement le système universitaire en France, j’ai visité plusieurs fois le bureau du responsable pédagogique pour demander des conseils.
Globalement, quelle a été votre expérience à la Faculté des Humanités, notamment au sein du département Lettres Modernes ?
Il est difficile de résumer mon expérience en un mot, mais si je devais choisir une expression pour décrire mon parcours en « Études littéraires » à Lille, ce serait « incontournable » ou « indispensable ». Les cours étaient stimulants et j’ai eu la liberté de mener mes recherches selon mes propres intérêts. J’ai eu la chance d’être accompagnée par d’excellentes professeures, et toutes ces expériences ont largement contribué à mon développement académique et personnel.
Pourriez-vous nous parler des projets de recherche sur lesquels vous avez eu l’occasion de travailler ?
Tout au long de mes années de Master, je me suis intéressée au domaine de la traduction littéraire et, pour cette raison, j’ai mené mes recherches comparatives sur des traductions franco-japonaises pendant deux années consécutives. Mon intérêt porte surtout sur la reproduction du style littéraire et sur les solutions adoptées par les traducteurs face à l’intraduisibilité et aux difficultés de traduction nécessitant des références culturelles.
Avez-vous un souvenir marquant de votre parcours à l’Université de Lille que vous aimeriez nous partager ?
Je n’oublierai jamais le jour de ma soutenance, en septembre dernier. Mes années d’études, de 2023 à 2025, ont été intenses et, à l’approche de la fin, j’ai traversé un véritable burn-out. J’étais alors complètement épuisée : j’avais rendu mon mémoire, mais je manquais de confiance en moi.
À ma grande surprise, j’ai obtenu 18/20 à la fois pour mon mémoire et pour mon rapport de stage. Ce résultat m’a profondément soulagée, car j’avais affronté de nombreuses difficultés pendant ces deux années et je ressentais que tous mes efforts avaient été justement récompensés. C’est pourquoi ce moment reste l’un des souvenirs les plus marquants de ma vie étudiante.
Vos autres expériences professionnelles
Vous avez occupé d’autres emplois (cheffe de projet traduction, représentante commerciale…) et effectué des stages (en traduction) pendant votre parcours. Que vous ont-ils apporté, d’un point de vue personnel ?
À première vue, mon parcours professionnel peut sembler peu cohérent. Cependant, un fil conducteur se dégage clairement : la langue, qu’il s’agisse du français ou de l’anglais. Dans ma première entreprise, j’utilisais l’anglais pour créer des affiches de magasin et pour accueillir des clients étrangers. Par la suite, lorsque j’ai travaillé dans une agence de traduction, j’ai moi-même assuré la révision de mes projets.
J’ai également eu la chance d’effectuer des stages en traduction au sein de l’Association Francophone de Haïku et de Roboto Films pendant mes années d’études à Lille. Mon objectif est de devenir traductrice, et pour atteindre cet objectif, il est essentiel d’acquérir une expérience concrète. C’est pourquoi je considère aujourd’hui que mon parcours professionnel est cohérent et construit autour de cette passion pour les langues.
Comment avez-vous trouvé votre emploi actuel ?
Quand je faisais mes recherches d’emploi, tout d’abord, je me suis intéressée au domaine de l’édition. Notamment, j’ai eu contact avec une agence de copyrights française et j’avais envie de travailler là-bas. Malheureusement, je n’ai pas eu la chance d’être embauchée dans cette agence l’année dernière.
Cependant, je tentais de garder l’esprit ouvert lors de ma recherche, car mes conditions prioritaires étaient les suivantes : un emploi en lien avec la traduction ou un emploi qui me permette de profiter de mon expérience de mes études à l’étranger. Mon travail actuel correspond parfaitement à ce deuxième principe, à mon sens.
En quoi votre expérience universitaire à la Faculté des Humanités vous aide-t-elle dans l’exercice de vos missions ?
C’est un peu dommage à dire, mais honnêtement, du point de vue de « l’utilité », mes études littéraires ne concernent pas directement mon travail actuel. Cependant, il y a parfois des visites d’étudiantes qui s’intéressent à partir à l’étranger, et je peux leur donner quelques conseils. C’est plutôt un mérite personnel, car après avoir terminé mes études en France, je suis devenue membre de l’Association Japonaise de Littérature Comparée et je continue mes recherches de manière autonome. Grâce à cela, mes expériences à la Faculté des Humanités me permettent d’enrichir ma recherche, certainement.
Des conseils pour nos étudiant·es ?
Quels conseils donneriez-vous aux étudiant·es international·aux qui souhaitent faire leurs études en France ?
Ça peut sembler un conseil un peu spirituel, mais après mes expériences de Master en France, ce qui compte le plus est de garder l’ambition, l’esprit ouvert et de ne jamais abandonner lorsqu’on rencontre des difficultés. En tant qu’étudiante étrangère, on doit faire face à plusieurs obstacles : la langue, la culture, le système scolaire, etc.
Si je rencontrais ce genre de difficultés, je faisais toujours appel à mes camarades, à mon professeur, à mon responsable pédagogique, à mon responsable de stage ou au personnel de la Maison Internationale. Il y a toujours quelqu’un vers qui se tourner pour demander conseil. (Mais attention, il ne faut pas toujours compter sur les autres : l’autonomie est également importante.)
Quels conseils donneriez-vous aux étudiant·es de Lettres Modernes qui s’interrogent sur leur projet professionnel ?
J’adresse mes conseils surtout à ceux qui sont en recherche d’emploi. Je sais que ce processus n’est pas toujours simple. Bien que je ne sois pas experte du marché du travail en France, je pense que trois éléments sont essentiels : le timing, la courtoisie et la stratégie.
Lorsque je cherchais mon stage, j’ai établi une liste des établissements où les anciennes étudiant·es de notre parcours avaient effectué leur stage (cette information est accessible sur Moodle, sur la page Stages et insertion professionnelle - Faculté des Humanités*). Avant de rédiger mon CV et ma lettre de motivation, j’appelais l’entreprise pour vérifier si elle avait la capacité d’accueillir une stagiaire. En cas de réponse positive, je préparais des dossiers personnalisés pour chaque établissement.
Lorsque j’envoyais mes candidatures, je prenais soin de rédiger un mail clair et concis, présentant brièvement mon parcours, mes compétences et ma motivation. Il n’est pas nécessaire de postuler à de nombreux endroits, mais il est important de préparer chaque candidature avec attention et rigueur.
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