Olivier Richard, stagiaire aux Archives départementales de l'Aube
Votre parcours d'études et votre projet professionnel
Dans quelle formation êtes-vous inscrit·e à l’Université ?
J’étais inscrit en Master Histoire parcours Archives de 2023 à 2025.
Quel a été votre parcours universitaire ? Que vous ont apporté vos études en licence de Philosophie et en droit ? Et pourquoi avoir repris des études en archivistique ?
Mon parcours universitaire est assez atypique. Après les classes prépa, j’ai tenté de partir en études de droit mais cela ne m’a pas plu. J’ai donc changé de campus pour étudier la philosophie mais les débouchés étaient très maigres à l’époque. Les études de philosophie m’ont apporté beaucoup sur le plan personnel, plus que sur le plan professionnel. Ces années ont contribué à la formation d’un esprit critique, attisant aussi une curiosité déjà bien présente. Très honnêtement, les études de droit (un court semestre) ne m’ont pas apporté grand-chose car je ne m’y sentais pas à l’aise. Au sortir des études de philosophie, j’ai trouvé un travail dans les archives hospitalières du CHU de Lille. Les années ont passé mais je ne me sentais pas tout à fait à ma place. Un bilan de compétences m’a permis de savoir que j’étais vraiment fait pour travailler dans le milieu des archives mais que je devais changer de structure et monter en compétences. Pour cela, il me fallait reprendre les études. Les interlocutrices des services d’archives que j’avais contactées pour répondre à des offres d’emploi me l’ont fait comprendre. Au sortir du Master, je comprends pourquoi. J’ai donc intégré la licence d’Histoire à Rennes 2. À distance car cela me permettait de conserver mon travail. L’ayant obtenu, j’ai mis deux ans à obtenir un congé de formation professionnelle afin d’intégrer à plein temps le master de Lille.
Quel est votre nouveau projet professionnel à l’issue de votre Master Archives ? Avez-vous une idée précise de l’emploi que vous souhaiteriez occuper ?
Mon projet professionnel est de trouver un emploi en CDI dans un service d’archives départementales, ou provisoirement dans un service d’archives municipales. Je souhaite quitter le Nord mais ne pas trop m’en éloigner, et éviter Paris et sa région qui ne correspondent pas à mon mode de vie. Mon expérience dans les archives hospitalières, mes études et mon travail de recherche dans le cadre de mon mémoire d’insertion professionnelle m’ont fait comprendre qu’il y avait encore énormément à faire dans ce type de service. On est, je dirais même, à un tournant dans l’histoire des archives et j’aimerais le vivre professionnellement et humainement dans un service d’archives départementales. Je n’ai pas de véritable idée de l’emploi que je souhaiterais occuper… même si j’aime beaucoup certaines thématiques comme le Records management, la valorisation, le droit des archives ou encore les fonds iconographiques.
Cela dépendra des opportunités…
J’ai aussi placé certains concours dans mes objectifs prochains, ceux notamment de conservateur et d’attaché de conservation du patrimoine.
Votre stage
Pouvez-vous nous parler du stage que vous avez effectué à la Direction des Archives et du Patrimoine au Conseil départemental de l’Aube ?
C’était un formidable stage qui a dépassé de loin mes attentes et qui est venu couronner mon master de la meilleure des façons ! Ce stage a été une plongée dans la vie culturelle de ce département et dans son histoire. Il fut également l’occasion de dépasser les frontières en contactant des institutions françaises mais aussi étrangères comme la British Library ou encore l’Université de Barcelone dans le cadre de la commande d’images. Au-delà de mes missions principales, j’ai eu l’occasion d’effectuer certaines tâches comme m’occuper de quelques demandes de recherches par correspondance dont l’une concernait l’abbaye de Clairvaux, de participer à la réception de versements d’archives, à des réunions ou encore au tri de fonds d’archives. Ce stage enfin a été l’occasion d’observer les différents professionnel·les en action et de visiter la Cité du Vitrail à Troyes et la commanderie d’Avalleur située à Bar-sur-Seine.
Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulée votre recherche de stage ? Comment avez-vous trouvé votre stage et en combien de temps ?
Ma recherche a été courte. Les Archives départementales de l’Aube figuraient en tête de mes souhaits. Ceci en raison d’une offre de stage en M1 qui m’avait beaucoup séduit. J’ai envoyé une candidature spontanément avant même d’avoir reçu les offres de stage de l’institution par le biais de notre responsable de master, Monsieur De Oliveira. Globalement, j’avais pris contact avec 5 services d’archives départementales et le Service historique de la Défense (SHD). J’ai eu rapidement une réponse positive de l’Aube.
Quelles ont été vos missions principales de stage ?
Mes deux missions principales ont été :
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La refonte des fonds pénitentiaires modernes avec l’analyse méthodologique et la proposition d’un plan de classement des fonds de la série Y des années 1790 à 1955 pour un volume de 26.63 mètres linéaires.
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La participation à la préparation d’une grande exposition sur les comtes de Champagne (XIe – XIVe) qui sera présentée à Troyes en 2026, à la préparation de l’exposition-dossier Dames de Champagne qui sera présentée en parallèle aux Archives départementales de l’Aube et qui sera ensuite itinérante, et à l'exposition purement itinérante sur les juifs en Champagne qui, déclinée en 3 langues, sera présentée d'abord au CARAN (Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales) fin mars 2026 avant de voyager dans d'autres institutions. Dans ce cadre, j'ai participé à une réunion de médiation relative à l'exposition principale, puis, en lien avec le documentaliste, au suivi de la commande d'iconographie et de l'obtention des droits de reproduction (pour les 3 expositions et le catalogue d'exposition lié à l'expo principale). Enfin, j'ai effectué des recherches pour l'exposition Dames de Champagne en lisant par exemple la correspondance d'Héloïse et Abélard.
Quelles nouvelles connaissances et compétences avez-vous pu acquérir lors de votre stage ?
Je connais beaucoup mieux aujourd’hui le cadre des archives départementales et comment fonctionne un service d’Archives Départementales. De même que les documents que l’on peut y trouver. À ce titre, présider la salle de lecture (là où l’on se rend pour effectuer nos recherches) est vraiment très formateur. De plus, le monde judiciaire et le monde pénitentiaire (et leur archives !) me sont aujourd’hui beaucoup plus familiers.
En toute modestie, je peux dire que je sais effectuer des recherches dans les fonds d’archives (il y a beaucoup de demandes par correspondance de particuliers et de professionnels), effectuer la recherche et la commande d’images en grand nombre, procéder à la refonte d’un fonds d’archives, travailler à la réévaluation des fonds, participer à la préparation d’expositions ou encore présider une salle de lecture.
Qu’est-ce que vous avez le plus apprécié en stage ?
J’ai beaucoup apprécié mon stage de M2 au sein de la Direction des Archives et du Patrimoine de l’Aube car c’est un triptyque de services intéressant et complémentaire. D’un point de vue professionnel mais aussi humain, ce stage a été l’occasion de faire de belles rencontres. Ne serait-ce que mes deux tuteurs qui m’ont beaucoup apporté. J’ai vraiment eu de belles missions et les différents collègues avec qui j’avais le plaisir de travailler ont été là pour m’aider et partager leurs connaissances professionnelles et culturelles. Un autre point : la richesse documentaire que l’on trouve dans ce service d’archives départementales. Je me rendais au travail le matin avec joie et cela n’a pas de prix.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées en stage ?
La grande difficulté résidait dans la nouveauté des choses abordées et dans l’avancée égale sur mes deux missions principales. Proposer un nouveau classement de la série Y conforme à la circulaire en vigueur impliquait de bien connaître cet univers pour la période dont relevaient les archives. On hérite aussi d’un fonds qui porte les traces des pratiques anciennes (et obsolètes) et de la vie des services d’archives de l’époque. Le travail, qui était à la base essentiellement « intellectuel » à partir des données dont on disposait, exigeait un passage en revue du contenu des boîtes. Ce que je n’ai pu faire à fond au cours de ce stage très riche. J’ai surtout avancé, au-delà de ce qui m’était demandé, sur mon autre mission. La nouveauté par exemple des commandes d’images pour les expositions et le catalogue de l’exposition principale m’a un peu bousculé. La commande d’images est riche en spécificités, ne serait-ce que pour la question des droits ou encore la singularité du fonctionnement des différentes institutions.
À la fin du stage, j’ai pu porter un regard sur ces 4 mois et j’ai constaté que j’aurais dû m’organiser autrement. Mais c’est cela aussi le but du stage : apprendre, corriger et améliorer ce qui a besoin de l’être.
Quelques mots pour la fin
Ce stage vous conforte-il dans votre projet professionnel ? Si oui, comment ou si non, pourquoi ?
Oh oui ! D’ailleurs, l’année de M2 a vraiment été une année-pivot pour moi. À l’été 2024, je m’étais penché à nouveau sur mon M1 et ce fut très bénéfique. Je souhaitais vraiment effectuer un stage au sein d’un service d’archives départementales avant la fin de mon master car j’aime beaucoup ce cadre. Au vu du stage, je ne me suis pas trompé. Intégrer ce type de service est d’ailleurs mon objectif professionnel mais les places sont chères
Souhaitez-vous partager une anecdote de stage avec nous ?
Oui, mais laquelle choisir !? Peut-être une anecdote qui est aussi une anecdote post-stage. La recherche d’images dans les manuscrits médiévaux numérisés a constitué une très belle introduction à ces derniers. Depuis, j’ai gardé l’habitude d’en consulter et je me suis même rendu à Chantilly pour faire l’exposition sur Les Très Riches Heures du duc de Berry qui est un livre considéré comme la « Joconde des manuscrits ».
Je dirais qu’il en est de même avec les vitraux…
Quels conseils donneriez-vous aux étudiant·e·s qui envisagent d’effectuer un stage ?
De manière générale, je pense qu’il faut savoir faire preuve de beaucoup de recul et aussi maintenir l’équilibre entre le monde étudiant et le monde professionnel. Ce n’est pas toujours chose facile quand on se trouve au cœur des réalités de terrain et l’on ne s’y prépare jamais assez. En donnant le meilleur de soi-même, on ne parvient pas toujours à atteindre les objectifs fixés. Et ce pour diverses raisons. Il ne faut pas avoir peur de cela. Il faut aussi ne pas oublier que nous sommes en formation. De plus, les organismes recevant des stagiaires font parfois face à des situations difficiles comme le manque d’effectifs, chose qui n’est pas très étonnante au vu des contraintes budgétaires actuelles. C’est aussi pour cela que des offres de stage sont créées. Il n’est pas politiquement correct de le dire mais c’est une réalité de terrain qui peut être difficile à vivre et engendrer de la frustration pour le stagiaire car nous sommes là avant tout pour apprendre un métier. Dans la perception, la frontière entre l’étudiant et le professionnel est parfois mince au sens où l’on n’aurait parfois plus vraiment l’impression d’être stagiaire. D’où l’importance du relationnel avec les tuteurs de stage et de la communication. C’est une immersion au cœur du monde du travail et, comme dans la vie professionnelle, cela peut parfois moins bien se passer au sein de telle ou telle institution.