Sana, interprète-stagiaire en Langue des Signes Française/Français
*prénom modifié
Propos recueillis en 2022-2023, republiés en 2024-2025.
Orientation professionnelle et recherche de stage
Dans quelle formation êtes-vous inscrite à l’Université ?
Je suis inscrite dans le Master Mention "Sciences du langage", Parcours Interprétariat Langue des Signes Française (LSF) / Français. Je suis actuellement en dernière année.
Quel est votre projet professionnel ?
Mon projet professionnel est d’exercer le métier d’interprète LSF / français.
Dans quel organisme d’accueil avez-vous fait votre stage ?
La dernière année de ce master est organisée de telle sorte que les étudiant·es découvrent la réalité du métier d’interprète sur le terrain. Cette immersion passe par la réalisation de multiples stages pratiques auprès d’interprètes LSF/français diplômé·es. Ainsi, en complément des cours universitaires, des périodes de stage fixes sont aménagées sur l’année. Chaque étudiant est libre de gérer son planning annuel de manière à répartir ses stages et ses vacances sur ces périodes. L’équipe pédagogique recommande d’effectuer, a minima, treize semaines en milieu professionnel.
Pour ma part, cette année, j’effectue quinze semaines de stage dans neuf organismes différents. Ces derniers sont, certes, très divers mais des interprètes sont présents dans chacun d’eux. Parmi les lieux qui m’accueillent, trois sont des associations et quatre des entreprises. Deux établissements publics hospitaliers ont également accepté de m’ouvrir leurs portes. Un de mes stages se déroulera au sein d’un établissement d’enseignement.
Comment avez-vous trouvé votre stage et combien de temps cela a pris ?
Il incombe aux étudiant·es de trouver par leurs propres moyens les organismes d’accueil. En France, l’effectif total d’interprètes LSF/français diplômés est assez réduit (environ cinq cent professionnel·les). Le nombre de structures d’accueil l’est aussi, a fortiori. On dit souvent que dans ce milieu, « tout le monde se connaît ». Les étudiant·es interprètes sont donc souvent au fait des organismes existants sur le territoire national.
En tout début d’année, j’ai effectué un grand nombre de candidatures spontanées auprès de ces potentiels lieux d’accueil. J’envoyais des mails avec CV et lettre de motivation. Il m’est souvent arrivé d’appeler directement les structures. Trois mois de recherches constantes et de sollicitations m’ont été nécessaires pour trouver l’ensemble de mes stages.
Votre expérience durant ce stage
Quelles ont été vos missions principales de stage ?
Ces stages pratiques s’effectuent systématiquement auprès d'interprètes LSF professionnel·le·s. Le stage a pour but de mettre l’étudiant en contexte d’interprétation réelle supervisée par un·e tuteur·rice. Ma principale mission fut donc d’appliquer la théorie étudiée dans le cadre universitaire à des situations concrètes. Toujours sous l’œil de différent·e·s tuteur·rices, j’ai donc endossé le rôle d’interprète lors de diverses prestations.
Quelles nouvelles connaissances et compétences avez-vous pu acquérir lors de votre stage ?
Les stages m’ont apporté une amélioration dans mon approche des techniques interprétatives. La multiplicité des tuteur·rices est un atout car chacun·e a posé un regard nouveau sur ma pratique. C’est l’idéal pour progresser. En outre, mon incursion au sein de différentes équipes m’a permis d’observer leur organisation. Ma connaissance du monde professionnel de manière générale s’est nettement améliorée. À présent, je me sens davantage outillée pour sortir de l’université et faire mes choix sur le marché du travail.
Qu’avez-vous le plus apprécié en stage ?
J’ai particulièrement aimé le fait de toucher le métier dont je rêve du bout des doigts. L’immersion en stage permet d’entrer dans le rythme et le quotidien d’un professionnel. Après des années passées sur les bancs de l’université, je ne me suis jamais sentie aussi proche du but qu’en stage.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées en stage ?
Le rythme des stages est assez soutenu. Les stages engendrent de nombreux déplacements à travers l’hexagone. La principale difficulté rencontrée fut de réussir à gérer mon énergie pour être en mesure de me déplacer d’une ville à une autre, d’un organisme à un autre, d’un logement à un autre, tout en étant performante sur le terrain. Par ailleurs, cette année en alternance entraîne nécessairement des frais. Cette année peut ainsi se montrer particulièrement onéreuse pour les étudiant·es.
Ce stage vous conforte-il dans votre projet professionnel ? Si oui, comment ou si non, pourquoi ?
Ces expériences dans le monde professionnel m’ont tout à fait confortée dans mon projet professionnel. Lorsque j’étais en stage, avec mes tuteur·rices, j’ai ressenti un grand épanouissement. Au cours des prestations, lorsque je traduisais, je me sentais à ma place. Je n’ai aucun doute sur le fait que ce métier est celui pour lequel je suis faite.
Un conseil pour nos futur·e·s stagiaires
Quels conseils donneriez-vous aux autres étudiant·es avant de partir en stage ?
D’un point de vue pragmatique, je leur conseillerais de prendre une grande valise ! Lorsque nous sommes en stage, nous devons être capable d’avoir une tenue adaptée à toutes les situations d’interprétation possibles : une tenue chic pour les meetings politiques, une tenue confortable pour les sorties en agronomie, une tenue sobre pour les enterrements, etc. Mieux vaut parer à toute éventualité !
Je conseillerais surtout aux étudiant·e·s de ne pas s’ajouter une pression supplémentaire lors des stages. Souvent, ces expériences sont un tremplin vers l’insertion professionnelle. En tant qu’étudiant·e, je pense qu’on peut facilement se perdre dans ses objectifs car les stages sont stressants. On s’imagine souvent que notre lieu de stage nous évalue tant pour nous faire progresser que pour jauger s’il serait intéressé pour nous embaucher. Gardez à l’esprit que la période des stages est faite pour expérimenter. Vous n’êtes pas en entretien d’embauche et vos tuteur·rice·s savent que vous n’êtes qu’à vos tout débuts. Personne ne peut arriver en stage en connaissant toutes les ficelles du métier. Le stage est avant tout un espace fait pour se tromper et apprendre de ses erreurs. Il est aussi l’occasion de se créer un réseau. Dédramatisons les stages !