Construire son avenir
Faculté des Humanités

Ariane Robert, doctorante en sciences du langage

Orientation/insertion pro Formation

Votre profession actuelle

Vous êtes doctorante en Sciences du langage à l’Université de Salerne, en Italie. Pourriez-vous nous présenter votre sujet de recherche en quelques mots, ainsi que le cadre dans lequel votre thèse s’inscrit ?

Je mène une thèse sur la formation et la circulation des discours de haine sexistes sur les réseaux sociaux, en particulier sur la plateforme Twitch. Mon approche est interdisciplinaire, croisant analyse critique féministe du discours, linguistique de corpus et études de la communication médiée par les réseaux. La recherche poursuit trois objectifs : théorique (définir le discours sexiste et son articulation avec la haine), technique (constituer un corpus multimodal issu de Twitch) et applicationnel (proposer des outils critiques et pratiques pour repenser la modération et faire d’internet un espace plus sûr). Cette thèse s’inscrit dans le cadre du projet OLiNDiNUM, contribuant à sensibiliser au débat public numérique.

À quoi ressemble votre quotidien de doctorante ? Quelles sont vos différentes activités ?

Mon quotidien de doctorante est plutôt ordinaire, mais il change un peu tous les jours. Je travaille au département avec les autres doctorant·es, ce qui favorise les échanges, l’entraide et une vraie vie de labo : on discute de linguistique, de nos doutes, du système académique... Ce sont ces moments collectifs qui m’ont le plus formée et qui sont essentiel pour ne pas s’isoler. Je pense qu’une vie de labo est indispensable pour des (jeunes) chercheur·ses. Mais le travail reste autonome (j’ai la chance d’avoir deux tutrices qui me font confiance) : je planifie mes recherches, assiste à des séminaires, et je participe à la vie académique, en aidant lors des examens, ou en co-organisant des événements scientifiques. La thèse prend une place centrale, mais je m’investis aussi dans des projets annexes. C’est une expérience exigeante mais riche.

Qu’est-ce qui vous anime au quotidien ?

Ce qui m’anime au quotidien, c’est le sentiment que ma recherche a du sens, à la fois politiquement et personnellement. Travailler sur les discours sexistes et haineux fait écho à mon engagement féministe et à mes expériences. J’apprécie particulièrement la liberté qu’offre le travail doctoral : je peux organiser mon temps, explorer mes lectures, poser mes questions. Et c’est très riche : échanger avec des collègues passionné·es, apprendre à leurs côtés, lire énormément… J’ai le sentiment de grandir intellectuellement chaque jour, et cette liberté d’apprendre est un moteur essentiel pour moi, personnellement.

 

Votre parcours à la Faculté des Humanités

Qu’est-ce qui vous a amené à vous diriger vers des études de sciences du langage, à la sortie du lycée ?

Au lycée, je ne connaissais pas du tout la linguistique. J’étais attirée par les langues mais je ne voulais ni étudier une seule langue, ni étudier de la littérature. J’étais curieuse de comprendre comment fonctionne le langage lui-même. C’est en voyant Sciences du langage sur un diaporama de la conseillère d’orientation (qui n’a pas su m’expliquer ce que c’était) que j’ai commencé à faire mes propres recherches, et je me suis dit « C’est ça que je veux étudier l’an prochain. » Les sciences du langage, c’est un champ foisonnant et encore trop méconnu. C’est cette diversité qui m’a attirée. J’y suis allée un peu à l’aveugle, par curiosité, et j’ai vite su que je ne m’étais pas trompée : je voulais apprendre en m’amusant, et ça a été le cas.

Vous avez validé une licence en Sciences du langage, parcours Linguistique Générale et Outillée, ainsi qu’un Master LiGECo. Globalement, quelle a été votre expérience à la Faculté des Humanités, notamment au sein du département Sciences du langage ?

J’ai adoré mes études en Sciences du langage à la Faculté des Humanités. La licence a été une vraie découverte intellectuelle : je me suis passionnée pour la discipline dès la première année, sans savoir encore précisément dans quelle direction aller, mais avec la certitude que je voulais continuer. J’ai vraiment pris plaisir à étudier, mais le confinement a été un moment difficile, qui a coupé l’élan et l’expérience étudiante, et l’entrée en master s’est faite dans un contexte moins enthousiasmant. Mais ces années m’ont permis de préciser mon projet et surtout de faire des rencontres qui ont été importantes dans mon parcours. La linguistique, c’est pour moi un outil essentiel pour comprendre le monde.

Y a-t-il un enseignement ou une expérience universitaire qui a été particulièrement déterminante durant votre parcours universitaire ?

La rencontre avec ma directrice de mémoire et de thèse a été déterminante : elle a cru en moi et m’a encouragée, ce dont j’avais vraiment besoin en master puis après. Mais au-delà d’elle, c’est toute une série de rencontres qui a marqué mon parcours. Les enseignements, séminaires et cours ont tous compté, chacun à leur manière, que ce soit par intérêt, défi, ou par leur résonance à un moment précis de mon parcours. Ce sont surtout les échanges avec mes camarades de licence, master, doctorat, ainsi qu’avec les enseignant·es, qui ont été essentiels. Pour moi, c’est vraiment l’aspect humain qui nourrit la recherche.

 

Au sujet du doctorat

Concrètement, comment s’est passée votre admission en doctorat ?

La procédure d’admission en doctorat en Italie est assez longue et très administrative. J’ai candidaté à une bourse réservée aux diplômé·es de l’étranger dans le département des Humanités de l’université de Salerne. Il a d’abord fallu constituer un dossier (CV académique, projet de recherche, relevés de notes, etc.) puis s’il est validé, on accède à un entretien. Le mien s’est fait à distance, en italien, devant un jury bienveillant. Ils m’ont interrogée sur mon parcours, mon projet et mes compétences linguistiques. Tout est très transparent, puisque tous les décrets sont publiés sur le site internet. Une fois acceptée, il faut se décider rapidement si oui ou non on accepte la bourse ! Sinon elle va aux autres candidat·es.

Vous êtes rattachée à l’Université de Salerne, en Italie : y a-t-il des spécificités liées au caractère international et italien de votre thèse ?

Il n’y a pas de spécificité majeure liée au caractère international de ma thèse, d’autant plus que je travaille en français sur des données francophones, ce qui est parfaitement accepté dans mon département, où les langues italienne, française et anglaise sont étudiées et parlées. Les vraies spécificités tiennent plutôt à mon statut d’étudiante étrangère : la bourse dont je bénéficie m’a donné accès à un logement universitaire, ce qui a été précieux pour m’installer rapidement à Salerne, avec des délais très courts avant le début de la thèse (qui commençait en novembre !). Ce genre de soutien rend vraiment les choses plus simples.

Quelles sont vos perspectives à l’issue de votre thèse ?

Je ne sais pas encore précisément ce que je ferai après la thèse, mais j’aimerais revenir en France, notamment pour des raisons personnelles. Je me dirige probablement vers un post-doctorat, car c’est une bonne manière de poursuivre mes recherches tout en amorçant une transition professionnelle. Je reste ouverte aux opportunités, que ce soit en France ou ailleurs, selon les projets et les contextes de travail.

 

Des conseils pour nos étudiant·es ?

Quels conseils donneriez-vous aux étudiant·es de Sciences du langage qui souhaitent poursuivre sur une thèse ?

Mon conseil principal, c’est de bien s’entourer : choisissez des encadrant·es qui vous soutiennent et des camarades avec qui vous vous sentez bien. Prenez aussi soin de vous pendant la thèse mais aussi en dehors de la thèse, trouvez une activité qui vous change les idées et vous fait du bien. C’est un mythe de croire que les doctorant·es n’ont pas de vie sociale ou sont toujours enfermé·es chez elleux. Pour moi, ces moments hors thèse sont essentiels, surtout quand le sujet est lourd, comme le sexisme, qui me pèse souvent.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiant·es de Sciences du langage qui s’interrogent sur leur avenir professionnel ?

Mon conseil pour les étudiant·es qui s’interrogent sur leur avenir professionnel est de se faire confiance et de rester ouvert·es aux opportunités. Même si vous décidez de bifurquer complètement, ce n’est pas un échec : les sciences du langage sont un formidable enrichissement humain et politique, qui ouvre des portes variées. Ce que vous apprenez ici vous accompagne partout, dans votre vie personnelle et professionnelle. L’essentiel est de suivre ce qui vous passionne et de ne pas avoir peur de redéfinir votre parcours.