Claire François, conseillère principale d'éducation
Votre profession
Quel est votre profession et où travaillez-vous ?
Je suis conseillère principale d’éducation dans un lycée professionnel de l’Aube.
À quoi ressemble le quotidien d’un·e Conseiller·e Principal·e d’Éducation ?
C’est difficile de décrire une journée type en tant que CPE, car il s’agit souvent de s’adapter à l’imprévu. Le CPE a un rôle central dans la vie d’un établissement scolaire, en ce qu’il participe à beaucoup de réunions (instances, Groupe de Prévention du Décrochage Scolaire, réunions de direction, conseils de classe, etc.) et qu’il est impliqué dans son organisation spatio-temporelle (notamment en tant que chef de service des assistants d’éducation). Le quotidien du CPE est animé par des entretiens (avec des parents, des élèves, des professeurs, la direction, etc.), des médiations, des tâches administratives, et la gestion des urgences éventuelles. Le CPE assure aussi le suivi des élèves, notamment pour ce qui est des absences, avec pour objectif le bien-être et la réussite scolaire des élèves. Il faut aussi savoir que le métier de CPE peut varier de manière assez conséquente selon le profil de l’établissement d’exercice (collège, lycée général et technologique, lycée pro, EREA ; internat ; nombre d’élèves ; localisation ; présence ou non d’autres CPE, d’un·e assistant·e social, d’un·e infirmier·ère à plein temps dans l’établissement).
Qu’est-ce qui vous anime le plus dans vos activités professionnelles ?
Ce qui m’anime le plus est le lien avec les élèves. Avant de commencer le métier, on peut penser que travailler avec des adolescents est l’aspect le plus compliqué, mais finalement les relations avec les adultes sont souvent plus difficiles à gérer.
Votre parcours à la Faculté des Humanités
Vous avez été diplômée d’une Licence de Lettres Classiques puis de l’actuel Master HLA (Histoire, Littérature et Anthropologie des Mondes Grecs et Romains). Qu’est-ce qui vous a poussée à vous diriger vers ces études, initialement ?
J’aimais beaucoup la littérature, au lycée. Je faisais du latin, puis j’ai commencé le grec ancien en classe préparatoire, avant de me rediriger vers l’université, et j’ai adoré. À l’époque, je voulais enseigner, donc la licence de lettres classiques m’a paru être la voie la plus appropriée.
Y a t-il des enseignements qui vous ont particulièrement marquée durant la Licence et le Master ?
Les cours de langue latine et langue grecque étaient mes préférés (j’appréciais beaucoup les enseignements axés sur les langues : grammaire, traduction, traductologie). J’adorais aussi les cours sur le théâtre grec (notamment un séminaire sur les réécritures de la tragédie grecque auquel j’assistais en Master 1).
Quelle a été la suite de votre parcours, avant de devenir CPE ?
J’ai pris un an pour préparer l’agrégation et le CAPES de lettres classiques après le Master, mais finalement je n’ai passé que le CAPES. Après l’obtention de ce concours, j’ai demandé un report de stage pour préparer le concours CPE à l’INSPE.
En quoi votre formation en lettres classiques vous a-t-elle permis d’accéder à votre métier actuel ?
La formation m’a permis de consolider mes qualités de rédaction et d’argumentation, ce qui a beaucoup aidé pour les épreuves écrites du concours CPE. Le côté multidisciplinaire des lettres classiques (littérature, langues anciennes, histoire) permet aussi d’acquérir une bonne méthode de travail.
Au sujet du métier de Conseiller·e Principal·e d'Éducation
Qu’est-ce qui vous a amenée à l’idée de devenir CPE ?
J’y pensais depuis la fin de ma licence, car je ne me voyais plus vraiment enseigner. Je n’aimais pas spécialement parler en public, donc je n’imaginais pas devoir le faire près de vingt heures par semaine. Le métier de CPE me tentait parce que c’était toujours en lien avec l’éducation, mais ça me paraissait plus « concret » (car le métier n’est pas axé sur la transmission de connaissances, mais sur l’organisation de la vie d’un établissement en dehors de l’« espace classe »).
Quelles sont les compétences à avoir ou à développer quand on souhaite devenir CPE ?
Un des aspects intéressants de ce métier est qu’il y a énormément de façons de l’exercer, donc chaque CPE peut utiliser ses propres atouts. Il faut néanmoins certaines qualités si on ne veut pas souffrir en exerçant ce métier, la principale étant selon moi d’avoir un bon relationnel, ou tout du moins d’apprécier le contact avec les gens. On voit énormément de personnes tous les jours, et si on est introverti ou socialement anxieux, ça peut être difficile. Cela dit, j’ai beaucoup évolué à ce niveau-là depuis que j’ai commencé à exercer ce métier. Quand j’étais à l’université, passer un coup de fil à quelqu’un que je ne connaissais pas m’angoissait, alors qu’aujourd’hui je le fais sans problème au quotidien. La façon dont le métier fait évoluer ma personnalité m’aide aussi dans la vie en dehors du travail, et j’en suis reconnaissante.
Racontez-nous un peu votre expérience du passage du concours de CPE…
J’ai préparé le concours en 2020-2021, donc ma préparation a été un peu impactée par la Covid. Ce n’était pas tous les jours facile de se motiver à travailler, notamment parce que j’en étais à ma septième année d’études et qu’honnêtement j’en avais marre. Les stages d’observation que j’ai pu faire en établissement ont aidé, ainsi que le fait de préparer le concours à l’INSPE, et donc d’être entourée de gens qui préparaient le même concours. Ça crée une dynamique. Mais dans ce contexte il faut éviter de se comparer aux autres, car ça peut être stressant. Le plus compliqué à gérer a été la période entre les écrits et les résultats d’admissibilité, parce qu’il fallait commencer à travailler les épreuves orales sans savoir si on allait les passer. Je n’ai pas fait grand-chose pendant cette période, ce qui est très déconseillé. Finalement, c’est passé quand même ! Mais ce n’était pas confortable. J’étais vraiment stressée avant les oraux, parce que la partie « échanges avec le jury » dure longtemps et que les membres du jury posent des questions très diverses, pas seulement des questions en lien avec le sujet sur lequel on tombe. Il faut trouver le juste milieu entre réponses trop théoriques et réponses trop honnêtes (qui expriment ce qui peut vraiment se passer dans un établissement et non ce que recommandent les textes officiels).
Des conseils pour nos étudiant·es ?
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à des étudiant·es de langues et cultures antiques qui s’interrogent sur leur projet professionnel ?
Je leur dirais de ne pas trop s’inquiéter. Je me questionnais énormément sur mon avenir professionnel quand j’étais à l’université, d’où mon changement de projet professionnel à la fin de mon parcours en lettres classiques. J’avais l’impression que je choisissais un métier que j’allais exercer jusqu’à la retraite et qu’il ne fallait absolument pas que je me trompe. Aujourd’hui, je me dis que si mon métier actuel ne me plaît plus, je pourrai me diriger vers autre chose. Même si ce n’est pas facile, il existe des dispositifs pour se reconvertir. Tout n’est pas figé.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux étudiant·es qui souhaitent préparer le concours de CPE ?
Je pense que l’organisation aide beaucoup dans la préparation du concours : ça peut être plus pratique de réviser par thématiques (si les épreuves n’ont pas trop changé depuis que j’ai passé le concours… je l’ai passé juste avant la réforme du Master MEEF), il faut connaître les ouvrages et articles de la bibliographie sans pour autant essayer de tout lire (il existe des résumés assez complets des œuvres, qui permettent d’utiliser les ouvrages pour illustrer des arguments lors des épreuves sans pour autant les avoir lus dans leur intégralité). Avoir exercé en tant qu’AED (assistant d’éducation) peut aider pour acquérir des connaissances pratiques, mais il faut faire attention de ne pas utiliser tout ce qu’on peut voir dans son métier comme exemple lors des épreuves du concours : beaucoup de choses qui se font dans les établissements ne sont pas préconisées par les textes officiels (Bulletins Officiels de l’Education nationale, Code de l’Education…), et les présenter comme des façons de faire viables peut porter préjudice aux candidats.
Mes principaux conseils seraient de préparer les épreuves méthodiquement, de s’entraîner aux épreuves (notamment en lisant les rapports de jury), et de ne pas trop stresser. Le concours se prépare sur une année scolaire, il ne faut pas s’épuiser en cours de route.