Construire son avenir
Faculté des Humanités

Laly Way, administratrice de production dans le spectacle vivant

Orientation/insertion pro Formation

Votre métier

Pourriez-vous nous présenter le métier d’administratrice de production dans le spectacle vivant ?

Être administratrice de production pour des compagnies de spectacle vivant, c’est accompagner les artistes au quotidien dans la vie de leur compagnie. Mon rôle est de faire en sorte que les artistes puissent mener leurs projets dans les meilleures conditions possibles, tout en assurant la pérennité de leur structure.

J’accompagne les artistes depuis la toute première idée de projet jusqu’à la rencontre avec le public. Concrètement, je m’occupe de la gestion financière (comptabilité, budgets, recherche de financements), des contrats, des paies et je veille au respect des règles d’embauche. J’organise aussi la logistique des tournées, en lien avec la régie générale et la direction artistique, et je fais le lien entre les équipes artistiques et les différents partenaires (institutions, lieux de programmation, etc.).

Je prends également en charge des tâches administratives indispensables comme la facturation, le suivi des paiements, les notes de frais ou la gestion du courrier. Il m’arrive aussi de participer à la communication, notamment en préparant les dossiers de production.

C’est un métier qui demande une grande polyvalence, qui varie selon le cadre de travail et la structure dans laquelle on évolue.

Vous avez le statut d’intermittente : pourriez-vous nous l’expliquer en quelques mots simplement et nous dire ce que cela implique dans votre quotidien professionnel ?

Le statut d’intermittent du spectacle est un régime d’assurance chômage adapté à notre secteur, où les projets sont souvent temporaires et les contrats de courte durée (CDDU, Contrat à Durée Déterminée d'Usage). On alterne donc des périodes de travail et des périodes sans contrat. Ce statut permet de bénéficier d’une indemnisation entre deux missions, à condition d’avoir cumulé suffisamment d’heures de travail sur l’année.

Pour ma part, je n’ai pas de difficulté à atteindre ce quota : les administrateur·rices de production sont relativement recherché·es dans notre région. En revanche, cela peut être plus compliqué pour les artistes et certains technicien·nes, dont l’activité est souvent plus irrégulière.

Ce statut me permet de travailler sur plusieurs projets différents, d’accompagner plusieurs compagnies, et d’avoir une certaine liberté dans la gestion de mon travail et dans mon parcours professionnel.

Avec qui travaillez-vous au quotidien, et à quoi ressemble votre cadre de travail ?

Au quotidien, mes interlocuteur·ices principal·es sont les directeur·ices des compagnies : nous travaillons en étroite collaboration et ielles portent souvent les projets avec moi sur le plan administratif. Je partage mon temps entre un bureau commun aux deux compagnies pour lesquelles je travaille, et le télétravail en dehors des réunions et du travail collaboratif. Ce bureau partagé est essentiel, car notre métier peut être assez solitaire, un peu comme le sont les freelances : il permet de maintenir un lien social, d’échanger et de rompre l’isolement.

Je travaille également beaucoup avec les chargé·es de diffusion, qui font le lien avec les programmateur·ices et font le suivi des dates de représentation. Leur rôle est essentiel pour assurer la diffusion des créations et le bon déroulement des tournées.

Je suis aussi en lien direct avec les équipes artistiques, notamment lors des phases de création ou de tournée, afin de répondre à leurs besoins et de faciliter l’organisation. Enfin, j’échange très régulièrement avec le ou la régisseur·euse général·e, qui coordonne toute la logistique technique des tournées et centralise de nombreuses informations indispensables au bon déroulement des projets.

Parfois, j’ai la chance de partir en tournée avec les compagnies. C’est un plaisir de suivre l’évolution sur scène de projets artistiques que j’ai accompagnés dès leurs premières étapes, avec la satisfaction d’avoir contribué à leur bon déroulement. Par exemple, cet été, j’aurai la chance de retourner au festival Off d’Avignon, un moment fort et très attendu.

 

Votre formation à la Faculté des Humanités

Vous êtes diplômée d’une Licence de Lettres modernes et d’un Master Patrimoine et musées (auparavant Master Gestion des sites du patrimoine) : qu’est-ce qui vous a amené à vous tourner vers un master davantage axé histoire de l’art après votre licence de lettres ?

Bien que la sensibilité à la culture ait toujours été présente dans ma famille, je viens d’un milieu ouvrier et c’est surtout grâce à mon parcours scolaire que j’ai pris conscience de l’importance de la culture et de la transmission. J’ai toujours voulu travailler dans ce secteur, même si je ne savais pas encore précisément dans quel domaine artistique. Ce qui comptait pour moi, c’était la culture dans son ensemble, avec l’envie de la rendre accessible au plus grand nombre.

Ma formation en lettres m’a apporté une réelle sensibilité à l’histoire, à la transmission et à la culture. Je me suis donc naturellement orientée vers un master axé sur l’histoire de l’art, connaissant surtout les voies institutionnelles, notamment les concours pour travailler dans les musées. Ce master offrait aussi la possibilité de faire des stages sur le terrain, ce qui rendait la formation concrète et variée, et m’a permis de découvrir différentes facettes du milieu culturel. J’avais à cœur de contribuer à faire évoluer l’accès à la culture et à participer à sa démocratisation, convaincue que travailler dans des structures publiques ou patrimoniales était un bon moyen d’y parvenir.

Qu’avez-vous apprécié le plus durant votre cursus ? Y a-t-il par exemple des enseignements qui vous ont particulièrement marqué ?

Ce que j’ai le plus apprécié durant mon cursus, c’est la découverte des liens entre différentes formes d’expression artistique. En licence de lettres modernes, j’ai particulièrement aimé les enseignements qui abordaient les relations entre la littérature et d’autres arts, notamment le cinéma. Les cours de littérature et cinéma m’ont passionnée, car ils m’ont permis d’élargir ma vision de la création artistique et de mieux comprendre la richesse des échanges entre les disciplines.

Durant mon master, ce sont les cours de médiation culturelle qui m’ont particulièrement marquée. J’ai aimé les exercices pratiques que nous avons pu réaliser sur le terrain, comme organiser des actions de médiation ou imaginer des dispositifs pour différents publics au sein du Palais des Beaux-arts de Lille par exemple. Ces expériences concrètes m’ont permis de mieux comprendre le rôle de la médiation et de me projeter dans des situations professionnelles réelles.

Avez-vous rencontré des difficultés ou ressenti un manque durant votre formation ? Comment les avez-vous surmontés ou compensés par la suite ?

La licence a été particulièrement intense, car les cours abordaient des périodes et des genres littéraires très variés, parfois complètement opposés. Il fallait jongler entre différentes époques, ce qui demandait une grande capacité d’adaptation et d’organisation. Je me suis donc organisée davantage et j’ai choisi de voir cet aspect comme un véritable challenge stimulant plutôt qu’un obstacle. Cette approche m’a permis de développer une ouverture d’esprit qui m’a beaucoup servie par la suite.

En arrivant dans mon master, j’aurais aimé approfondir pendant les cours davantage les aspects pratiques de la gestion d’un site patrimonial, comme l’organisation, la gestion des équipes, des publics ou des budgets. J’ai donc cherché à acquérir ces compétences sur le terrain, notamment lors de mes stages et premières expériences professionnelles. Cette démarche m’a permis de développer une vision plus complète et opérationnelle, au-delà des enseignements théoriques.

Utilisez-vous encore ce que vous avez appris en formation universitaire, que ce soit en lettres modernes ou en gestion du patrimoine, même de manière indirecte ?

Les études de lettres modernes m’ont apporté des compétences essentielles en analyse, en synthèse et en rédaction, qui me servent au quotidien pour structurer mes idées, rédiger des documents clairs et argumentés. La polyvalence acquise grâce à mon double parcours me permet de m’adapter à des environnements professionnels variés.

 

La suite et l'arrivée dans le monde du travail

Vous avez ensuite suivi des formations professionnelles complémentaires (comptabilité, budget, montage de projets européens…) : comment avez-vous accédé à ces formations ?

En arrivant dans le secteur des compagnies de théâtre, j’ai très vite intégré des forums d’administrateur·ices qui m’ont guidée vers des organismes de formation spécialisés, tels que Filage ou Artes.

Il faut aussi souligner l’importance de Totem Spectacle, une équipe France Travail dédiée à l'accompagnement des professionnel·les du spectacle dans la MEL. Grâce à leurs conseils, j’ai pu identifier les formations les plus pertinentes pour développer mes compétences.

Pour financer ces formations, j’ai principalement mobilisé l’AFDAS qui accompagne les professionnel·les de la culture dans leur accès à la formation continue, en prenant en charge tout ou partie des frais pédagogiques. J’ai également utilisé mon Compte Personnel de Formation.

Cet accès facilité à la formation professionnelle a été déterminant pour acquérir rapidement des compétences complémentaires et m’adapter aux exigences du secteur.

Parlez-nous un peu de votre arrivée dans le monde du travail, depuis vos premières expériences professionnelles (stages notamment) jusqu’à votre premier emploi…

Mon arrivée dans le monde du travail s’est faite progressivement, à travers des expériences très formatrices qui m’ont permis de découvrir la diversité du secteur culturel et de préciser mon projet professionnel.

Ma première expérience significative a été, pendant le master, lors de mon stage au sein du Groupe A - Coopérative culturelle, basé à Lille, qui accompagne la création artistique sous toutes ses formes, avec une forte dimension transdisciplinaire. J’y ai travaillé en médiation culturelle pour l’exposition « Regards d’Artistes sur l’Union ». Ce stage a été particulièrement enrichissant : j’ai pu rencontrer des artistes pluridisciplinaires, guider des visites pour des publics variés (écoles, centres sociaux, etc.).

Suite à cette première expérience très positive, j’ai eu l’opportunité de faire un deuxième stage avec le Groupe A – Coopérative culturelle, cette fois en tant que chargée de production. J’ai alors participé à l’organisation d’une nouvelle édition de l’exposition, rencontré des partenaires du territoire et participé à la mise en place de projets au service de publics éloignés de la culture. J’ai énormément appris sur le terrain, entourée d’une équipe bienveillante et investie.

C’est d’ailleurs grâce à l’artiste associé Pascal Marquilly que j’ai été mise en contact avec des artistes du spectacle vivant, ce qui m’a permis de rejoindre la compagnie La Ponctuelle en tant que chargée de diffusion. Même si cette mission ne correspondait pas totalement à mes aspirations, elle m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences et de mieux cerner mes envies professionnelles. J’ai continué à effectuer des tâches administratives ponctuellement auprès d’autres artistes.

Entre ces expériences, j’ai également fait quelques missions d’intérim en usine et des interventions de médiation dans le métro de Lille. Ce ne sont pas des expériences qui m’ont directement aidée dans ma carrière culturelle, mais elles ont eu leur importance car elles m’ont permis d’avoir un premier pied dans le monde professionnel, de mieux comprendre la diversité des environnements de travail.

Par la suite, quels autres emplois avez-vous occupés ?

Par la suite, j’ai intégré la compagnie de théâtre La Baraque Liberté, basée à Féron dans l’Avesnois, qui mène des projets artistiques et citoyens très ancrés sur le territoire. J’y ai véritablement approfondi mes compétences en gestion administrative et en organisation, en travaillant sur leur projet de médiation « Aux arts citoyens ». Ce fut une expérience très formatrice, au plus près du terrain.

J’ai ensuite collaboré avec des compagnies plus axées jeune public, comme la Compagnie Infra basée dans l’Oise (théâtre de marionnettes et de matières) dirigée par Sophie Mayeux et la Compagnie Illimitée basée à Lille (spectacles musicaux) dirigée par Tony Melvil, avec lesquelles je travaille encore aujourd’hui.

J’ai réalisé qu’il était difficile et parfois enfermant de travailler à temps plein pour une seule compagnie, d’où l’importance pour moi de diversifier mes collaborations afin de trouver un équilibre. Aujourd’hui, je me sens à la fois efficace et libre dans ma gestion du travail, ce qui me permet de m’épanouir pleinement dans mes missions.

Des conseils pour nos étudiant·es ?

Quel(s) conseil(s) apporteriez-vous aux étudiant·es qui souhaitent se diriger vers les métiers de l’administration culturelle ?

Je conseillerais aux étudiant·es d’être curieux·ses et de multiplier les stages et expériences, même courtes, pour découvrir la réalité du secteur et se constituer un réseau. Le secteur est exigeant mais passionnant, donc la persévérance est essentielle. Il ne faut jamais cesser de se former aux nouvelles pratiques et surtout communiquer régulièrement avec les professionnel·les du métier, échanger sur nos pratiques et intégrer des réseaux. Travailler main dans la main avec chacun·e est fondamental.

Quels conseils donneriez-vous à des étudiant·es de lettres et sciences humaines qui s’interrogent sur l’après-Université ?

Ne pas hésiter à explorer différentes pistes, car les débouchés sont nombreux mais parfois méconnus. Restez curieux·se et ouvert·e : votre parcours peut être flexible et riche.